History Will Remember Us: Kahena, ou l’archétype de la femme berbère

Subjuguant les uns par sa beauté (on disait d’elle qu’elle était «éployée comme les ailes de l’aigle») et les autres par sa force de caractère, son personnage reste flou et il subsiste maintes divergences et mystères autour d’elle. Son historicité et son existence ont longtemps été controversées, et elle est encore aujourd’hui le sujet de bons nombres de divagations.

Dihya al-Kahena était une reine berbère, combattante, un leader religieux et militaire, née au début du VIIe siècle dans une région alors connue comme la Numidie. Fille unique de Tabeth Ibn Tifan, seigneur de la puissante tribu des Djarawa qui était redoutée pour avoir résisté aux Byzantins, elle vivait plus précisément en Algérie actuelle. Il est cependant indispensable de resituer Kahena dans son contexte spatio-temporel. À l’époque, il n’y avait pas de réelles frontières entre le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Il y avait seulement des groupes de tribus (parfois confédérées), qui avaient pour seul point commun d’être amazigh. C’était pour la plupart des tribus guerrières. Avec la conquête musulmane du VIIe siècle — lors de laquelle al-Kahena allait briller — s’est construite une réelle résistance des populations autochtones africaines sur leurs terres.

Etant enfant, elle avait déjà un caractère bien trempé et était perçue comme une grande rebelle. Tant bien que mal, sa mère tenta de lui donner une éducation féminine, afin qu’elle soit à son tour une épouse respectable et respectée. Mais la jeune Kahena préférait la chasse à la vie des femmes montagnardes. D’ailleurs, certains racontent qu’elle refusait de manger, jusqu’à ce que son père accepte de lui apprendre à chasser.

Dès qu’elle en a eu l’âge, son père l’a retiré de la société féminine pour en faire une chef. Elle reçut une éducation militaire et morale, à l’image des fils de dirigeants de son époque. Son père lui a appris à devenir une excellente cavalière. Elle se rendait notamment chez la nourrice de son père qui lui racontait l’histoire des tribus amazighs, dont celle de son grand-père. A 16 ans, son père l’a reconnu comme sa seule héritière, et le conseil des guerriers et anciens n’a pu qu’approuver sa décision.

D’après certaines sources, elle pouvait prédire l’avenir, mais beaucoup disent aujourd’hui qu’elle disposait en réalité d’une intelligence hors normes et d’une stratégie implacable. Le nom avec lequel elle est aujourd’hui connue était un surnom qui lui a été donné par les Arabes, et qui signifie « la sorcière » ou encore « la prophétesse », puisqu’on qu’on pensait qu’elle avait des pouvoirs surnaturels qui la rendaient invincible et légendaire. Elle était vue comme une adversaire redoutable, et comme une femme qui défendait les siens jusqu’au bout.

Al-Kahena a ainsi dirigé la résistance indigène contre le califat des Omeyyades durant la conquête musulmane du Maghreb. En son temps, Dihya a réussi à unifier le Maghreb entier avec une main de fer grâce à ses qualités militaires et de leadership qui ont rallié les populations de toute la région. Cette femme auréolée par le prestige s’est opposée à la conquête des arabes. Elle était certes guerrière, mais c’était aussi une politicienne comme on n’en avait jamais vu. Elle était ainsi un des premiers modèles de la femme berbère qui a joué un rôle militaire et politique dans l’histoire, bien qu’elle ne soit pas la seule que l’on connaisse (Lalla Fatma N’Soumer en est également un exemple). Elle a présenté aux troupes arabes un Maghreb uni, où de fortes présences chrétiennes et juives se mélangeaient, tout en conseillant à ses fils de se convertir à l’islam et de se soumettre au Dieu des Arabes, afin qu’ils ne puissent plus envoyer de troupes et justifier les crimes commis.

Dans un dernier effort, elle a encouragé la politique de la terre brûlée qui consistait à saccager le pays, détruire les villes et brûler les plantations pour détourner les Arabes et les décourager. Cette dernière décision lui a coûté non seulement la confiance que le peuple avait pour elle, mais aussi sa vie. Elle est morte au combat en 703 dans les Aurès, décapitée par les conquérants.

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